Contraception

Les recommandations après un accouchement

Pr Fadéla Morsad

Pr. agrégée en gynécologie et obstétrique


Les soins qui vous ont été prodigués par l'équipe médicale au moment de votre accouchement vous ont permis de vivre au mieux cet événement qui est un grand moment dans votre vie.
Des précautions s'imposent à présent pour éviter des désagréments qui sont toujours possibles dans les suites de couches, qui est une période de changements et d’adaptations. Cette période dure six à huit semaines et se termine par la réapparition de vos règles.

Votre alimentation juste après l’accouchement :

Après un accouchement par voie basse, vous recommencerez à manger normalement. Si vous avez eu une césarienne, vous ne pourrez consommer que des liquides au début. Dès que vous avez des gaz dites-le à votre infirmière. Au fur et à mesure que votre fonction intestinale se rétablira, vous pourrez consommer de plus en plus d’aliments.

L’allaitement maternel :

L’allaitement maternel doit débuter précocement dans l'heure qui suit l'accouchement : le premier lait sécrété après l'accouchement, appelé colostrum, contient des anticorps qui protègeront votre bébé contre les infections, les allergies et certaines maladies à l’âge adulte. Si l'allaitement est contre indiqué, le médecin vous prescrira un traitement pour éviter la montée laiteuse.

Lever précoce :

C’est important de se lever tôt après un accouchement surtout après une césarienne pour éviter le risque de phlébite :
penser à bouger fréquemment vos jambes dans le lit. Vous pouvez ressentir un petit vertige au début : faites vous aider par l’infirmière ou par un de vos proches.

Les saignements :

Après la naissance de Bébé, vous allez avoir des saignements appelés “lochies”.
Ces saignements font partie du processus naturel de guérison après l’expulsion du placenta et de guérison de la paroi utérine. Ils doivent être surveillés :

Ils sont de couleur rouge les premiers jours et s'éclaircissent progressivement pour devenir rosés avant de disparaître. Une augmentation soudaine des lochies doit être signalée. Ces saignements ne doivent pas sentir mauvais.

Lorsque le col est encore ouvert (période d’involution utérine) vous êtes plus susceptible à une infection; par conséquent, tant que vous avez des saignements vaginaux, vous devriez éviter d’avoir des rapports sexuels et d’utiliser des tampons.

Les problèmes de transit :

Ils sont fréquents après l’accouchement (poussée d'hémorroïdes très douloureuses, constipation, gaz ...), il faut en parler à votre médecin qui vous prescrira le traitement adéquat.

Les douleurs utérines :

Elles persistent une dizaine de jours. Ce mécanisme permet à l'utérus de se vider complètement et d'éviter la rétention de débris. Si des douleurs fortes persistaient au delà d'une dizaine de jours ou si elles se ravivaient, il faudrait s'en soucier et le signaler à votre médecin.

Les soins du périnée :

Vous devriez effectuer des soins chaque fois que vous changez de serviette hygiénique, que vous urinez ou que vous allez à la selle ; votre infirmière vous montrera comment faire lors de votre séjour en maternité.
Les douches seront autorisées précocement (les douches vaginales doivent être évitées durant 30 jours) alors que les bains restent proscrits tant qu'il y a un écoulement vulvaire.

Le baby blues :

Sur le plan psychologique, il est fréquent de constater un syndrome dépressif mineur appelé "baby blues" fait d'irritabilité, pleurs et anxiété. Son évolution est généralement favorable si vous êtes aidée par votre entourage, un traitement médical est rarement nécessaire.

Le retour de couches :

Il correspond au retour des règles après un accouchement. Il s’effectue dans le mois qui suit la naissance si vous n’allaitez pas bébé et peut se produire plus tard entre 3 et 6 mois si vous allaitez.

Les rapports sexuels :

Les rapports sexuels seront autorisés après la disparition des lochies, la fermeture du col et la cicatrisation du périnée ce qui représente une période d'environ 4 semaines. Avant de quitter la maternité demandez à votre médecin de vous conseiller une méthode contraceptive :
il saura vous conseiller la méthode la plus adaptée à votre situation

L’examen du post partum :

C’est un examen obligatoire qui a lieu vers la 6ème semaine qui suit votre accouchement. L’objectif de cet examen est de vérifier le retour à l’état normal des organes génitaux .Votre médecin vérifiera que votre utérus est bien involué, que vos saignement sont normaux et que l'allaitement se déroule normalement. Il vous interrogera à la recherche de troubles urinaires comme une incontinence, ou sexuels et vous conseillera sur votre contraception.

Consultez votre médecin si vous avez :

  • Une augmentation soudaine des lochies ou si celles-ci sentent mauvais
  • Une douleur intense dans la partie basse de l’abdomen De la fièvre
  • Une rougeur, un durcissement ou de la chaleur dans la zone des points de suture
  • Une douleur en urinant
  • Une douleur dans les seins

Quelle contraception après l’accouchement ?

Pr. Nadia Zinoun Pr. agrégée en gynécologie et obstétrique

Chère maman il est très important que vous soyez au courant qu’il existe bel et bien des risques de tomber enceinte juste après votre accouchement si vous n’utiliser pas une méthode contraceptive sûre et fiable.
Deux grossesses rapprochées « ce n’est pas bon » pour votre santé et celle du bébé à venir : ne prenez pas de risque ! N’oubliez pas d’en parler avec votre médecin avant de quitter la maternité ou mieux encore en fin de grossesse : il saura vous conseiller la méthode la plus adaptée à votre situation.

Entretien avec Pr. Nadia Zinoun

A quel moment une jeune maman qui vient d’accoucher doit-elle démarrer une contraception ?

Pr. Nadia Zinoun : je tiens tout d’abord à dire aux mamans que la meilleure contraception après leur accouchement est celle qu’elles ont choisi en concertation avec leur médecin. Elle leur sera prescrite en fonction :

  • Des antécédents médicaux
  • Du déroulement de la grossesse et de l’accouchement
  • Mais aussi en fonction du mode d’allaitement choisi.

En effet, l’existence ou non d’un allaitement maternel conditionne largement le moment de retour à la fécondité.
Dans tous les cas on estime que la jeune maman doit démarrer sa contraception vers le 20ème jour voire au plus tard vers le 6ème mois si elle allaite son bébé exclusivement au sein.

Quelles sont les méthodes adaptées à la maman qui allaite son bébé au sein?

Pr Nadia Zinoun : l'allaitement maternel peut prévenir la grossesse dans plus de 98 % des cas si certaines conditions sont respectées :

  • Il faut que l'allaitement maternel soit exclusif : c’est-à dire sans qu’aucun autre aliment ne soit donné au bébé.
  • Que les règles soient absentes depuis l'accouchement.
  • Et que bébé ait moins de 6 mois.

Si une seule de ces conditions n'est pas remplie, une ovulation peut survenir à n'importe quel moment avant même tout retour de couches* : par conséquent, l’allaitement ne doit pas être considéré comme un moyen de contraception Afin d’éviter une nouvelle grossesse si tôt après la dernière il faut prévoir sans tarder une méthode contraceptive efficace.

* Ce sont les premières règles qui apparaissent après la naissance d’un bébé. Elles surviennent environ 4 à 6 semaines après l'accouchement s'il n'y a pas eu d'allaitement .
L’ovulation, qui rend la femme féconde se produit toujours avant la réapparition des règles. Par conséquent, l’utilisation d’une méthode contraceptive est nécessaire pour éviter tout risque de grossesse.

Quand est-il de la pilule ?

Pr Nadia Zinoun : Seule la pilule progestative pure faiblement dosée est autorisée lorsque la maman allaite son bébé au sein.

Elle peut être prise vers le 20ème jour qui suit l’accouchement, toujours à la même heure, sans arrêt entre 2 plaquettes, car un oubli de quelques heures pourrait rendre nul son effet.

Elle peut souvent provoquer des saignements ; C'est pourquoi dès la fin de l'allaitement elle sera remplacée par une contraception oestro-progestative, ou bien par une contraception intra-utérine.

La pilule oestro-progestative est contreindiquée chez les femmes qui allaitent. Et pour cause, les hormones passent dans le lait maternel.

Et le dispositif intra utérin ou « stérilet » ?

Pr Nadia Zinoun : le dispositif intra utérin ou « stérilet » n’est pas contre indiqué en cas l’allaitement maternel, il peut être posé à partir du 45ème jour, de préférence vers le 3ème mois et vers le 6ème chez les mamans ayant accouché par césarienne.

Et la contraception locale ?

Pr Nadia Zinoun : c’est un bon moyen contraceptif adapté à cette période de la vie ou le nombre de rapports sexuels est réduit. On distingue :

- Les préservatifs : ils constituent une barrière vis-à-vis des agents infectieux.

Les spermicides : ce sont des ovules que la femme place au fond du vagin 10 minutes avant le rapport sexuel.

Quelles sont Les méthodes adaptées à la maman qui n’allaite pas son bébé au sein?

Pr Nadia Zinoun : Ce sont toutes les méthodes précédemment décrites chez la femme qui allaite avec en plus la possibilité de prescription d’oestroprogestatifs.
Les oestroprogestatifs minidosés ou « pilule classique » ne peuvent être prescrits trop tôt c'est-à-dire à partir du 20ème jour après l’accouchement vu le risque de survenue de complications : phlébite et embolie pulmonaire. Ils ne doivent l’être qu’à partir du 40ème jour après l’accouchement).

Les différentes méthodes contraceptives

Pr Wafae BISBIS Pr. agrégée en gynécologie et obstétrique

Beaucoup de moyens contraceptifs existent permettant ainsi aux couples d'éviter une grossesse non désirée et surtout de planifier celles désirées. Les moyens contraceptifs disponibles sont très variés et leur efficacité est en règle bien connue.

La contraception chimique :

Elle se présente sous forme d'ovules gynécologiques. Il s'agit de spermicides qui détruisent les spermatozoïdes et ne contiennent donc pas d'hormones.

La contraception mécanique :

Les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets sont insérés au niveau de la cavité utérine, ils créent une inflammation qui rend la nidation impossible.
Plusieurs types sont disponibles : les DIU inertes et les DIU au cuivre, les DIU hormonaux ont un mécanisme d’action différent.

La contraception locale :

Les préservatifs constituent une barrière vis-à-vis des agents infectieux.Ils doivent être changé à chaque rapport sexuel.

  • le préservatif masculin : déroulé sur le pénis en érection, il empêche l’entrée des spermatozoïdes dans le vagin.
  • le préservatif féminin : il est apparu en 2000 et est moins connu que le préservatif masculin. Il est placé dans le vagin jusqu’à 8 heures avant tout rapport et peut être retiré juste après.

La contraception naturelle :

Encore appelée méthode des comptes, elle consiste à éviter tout rapport sexuel 4 jours avant et 4 jours après l’ovulation. Cette méthode reste peu fiable car elle nécessite d'avoir des cycles réguliers.

La contraception chirurgicale ou stérilisation :

il s'agit d'une méthode de contraception définitive qui consiste à ligaturer les trompes.

La contraception hormonale :

il s'agit de produits à base d'hormones et dont le but est d'empêcher l'ovulation.

Il existe 2 groupes de produits : les oestroprogestatifs et les progestatifs .

Les oestroprogestatifs :

Familièrement appelée pilule, la contraception hormonale oestroprogestative est le moyen de contraception le plus utilisé dans le monde et surtout le plus efficace. La pilule idéale n'existe pas. On trouve sur le marché marocain plusieurs produits qui diffèrent par leur composition et leur dosage.

Il existe plusieurs types de produits en fonction de la composition, du dosage de chaque hormone et de la variation du dosage dans le cycle. Ainsi on distingue les pilules macro, normo ou minidosées et les pilules monophasiques,biphasiques, triphasiques ou séquentielles.

Tous ces produits sont absorbés par voie orale. La prise est quotidienne, pendant 21 jours à la même heure et arrêt de 7 jours avant d’entamer la plaquette suivante.

Les progestatifs : ils peuvent être utilisés dans un but contraceptif lorsque les oestroprogestatifs sont contre indiqués transitoirement ou définitivement.

En fonction du dosage et du mode d'administration on distingue :

les microprogestatifs qui sont administrés à faibles doses et en continu par voie orale. Leur principale indication est la contraception du post-partum.

les macroprogestatifs qui sont administrés aussi par voie orale du 6ème au 25ème jour du cycle et où les doses du progestatifs sont plus importantes.

les progestatifs injectables : il s'agit d'un progestatif retard injecté par voie intramusculaire et qui assure une contraception de 8 à 12 semaines en fonction du produit utilisé.

Les nouvelles méthodes contraceptives hormonales :

Le patch contraceptif : il s'agit d'un patch de la taille d'un timbre qui est collé sur la peau, changé une fois par semaine et qui délivre par voie cutanée des hormones (oestrogène et progestérone).

L'implant contraceptif : c'est un petit batônnet souple de 4 cm de long et 2 mm de diamètre qui inséré sous la peau et qui délivre en continu de la progestérone

L'anneau vaginal contraceptif : anneau d'environ 5 cm de diamètre et qui se place à l'intérieur du vagin. Il libère pendant 3 semaines un mélange d'oestrogène et de progestérone qui sont absorbés par la muqueuse vaginale.

occasionnelle à base d'un progestatif absorbé par voie orale dans les 72 heures qui suivent un rapport sexuel non protégé.

Le stérilet hormonal : il s’agit d’un dispositif intra-utérin qui délivre localement de la progestérone. Son mode d’action est différent du stérilet classique.

La contraception a beaucoup évolué ces dernières années. Beaucoup de moyens existent et à chaque femme sa contraception. Aucun produit n’est dénué de risque, risque que le médecin doit évaluer en fonction de plusieurs paramètres : âge, pathologies chroniques ou aigues...
La prescription d’une méthode contraceptive doit se faire après une consultation spécialisée dont le but est de proposer le moyen le plus efficace avec le minimum de risque.